Giulio Motosi
Chroniques de la route de la Soie
La projection du nouvel impérialisme chinois

Il y a vingt ans, l’entrée de Pékin dans l’OMC, le tournant de l’euro en Europe et les guerres du déclin américain furent les faits politiques qui lancèrent une nouvelle phase stratégique : la Chine, une puissance issue des régions retardataires, partagées et développées par l’impérialisme, venait alors défier l’ordre d’après-guerre et revendiquer un nouveau partage du monde. Cette transition, qui se produisait au crépuscule du vieil ordre, mais pas encore dans sa rupture, nourrissant l’accumulation régulière et silencieuse des contradictions qui prépare toute grande réaction chimique de l’histoire, exigeait une attention particulière. Il fallait étudier les variations et les nuances de la politique étrangère chinoise, le pluralisme des écoles de pensée, les ajustements et les variations de leurs orientations au fil du temps. En l’absence d’un travail systématique sérieux de la part des sources occidentales, nous avons passé en revue quelques-unes des principales filières des nombreuses publications en chinois. Aucun courant clé en Chine ne déclare que la rupture du vieil ordre fait partie de ses objectifs immédiats mais, dans l’ensemble, même les plus réticents à abandonner les vieux dosages de l’ascension pacifique et du libre-échangisme s’alignent en fin de compte sur la tendance irrépressible du réarmement asiatique. Ce n’est qu’une question de temps – pensent-ils en comptant les porte-avions, les ogives et les avions de chasse de dernière génération – avant que la course au réarmement ne débouche sur une « guerre régionale asiatique », comme celles de l’Ukraine et de Gaza qui ont entériné la crise de l’ordre impérialiste.

Marx et Engels avaient prévu le développement capitaliste de la Chine au milieu du XIXe siècle, et Lénine avait mis en place, dans son analyse, les outils permettant de prévoir son développement impérialiste au XXe siècle. En renouant dans l’après-guerre ces fils du développement inégal du capitalisme dans la phase impérialiste, nous avons pu resituer l’industrialisation et, en perspective, l’affirmation de la Chine dans l’approche stratégique du parti léniniste. La Chine ayant atteint la maturité impérialiste et un gigantesque prolétariat asiatique s’étant formé, ce facteur stratégique, destiné à bouleverser le système impérialiste d’après-guerre, se présente au rendez-vous.

Pour la première fois, un bouleversement mondial aux proportions énormes surgit de la collision impérialiste de la puissance chinoise. Seul le marxisme pouvait prévoir très longtemps à l’avance une telle dialectique de la « collision historique » et maintenir l’attention, pendant deux siècles, sur le « curieux spectacle […] de la Chine exportant le désordre vers le monde occidental ». Ce sera une collision jamais vue auparavant dans l’ordre des classes dominantes.


Octobre 2026, 429 pages, paperback

ISBN 978-2-488264-00-6

size: 210x150 mm

series : analyses

€20.00

This book is also available in italian, spanish
and english